Phil Towle, un homme distingué de 64 ans, s'est assis à la même table que Metallica au quotidien durant la conception de St. Anger au Metallica HQ. Engagé au début de l'année 2001, il a joué le rôle non négligeable, bien qu'un tantinet obscur de "coach mental" (ou psy) chargé d'aider les musiciens à remettre de l'ordre dans leurs émotions et leurs sentiments. Mais quelle importance a t'il eu à cette période dans la vie de Metallica ?
Janvier 2001, tout droit sorti de la longue bataille contre Napster, Metallica a besoin de se refaire une santé. Sous les conseils de leurs managers, le groupe engage un homme qui aura la tâche d'aider les horsemen à résoudre les conflits amassés pendant des années, ces derniers pouvant être de plus en plus une menace pour l'avenir du groupe. Son nom : Phil Towle. Agé de 64 ans, l'homme a déjà travaillé comme "coach mental" pour des équipes de sport et plus récemment pour Rage Against The Machine.
Lars : "Il est ce qu'on appelle un 'performance coach'. [...] C'est Tom Morello (ex-RATM et actuel guitariste d'Audioslave) qui nous l'a recommandé. Auparavant, Phil avait travaillé avec de grandes équipes sportives afin qu'elles fonctionnent mieux. Il a réussi à faire en sorte que nous nous comprenions mieux".
Phil : "Peter Mensh et Cliff Burnstein m'avaient déjà croisé pendant les derniers jours de Rage Against The Machine et le premiers temps d'Audioslave et ils étaient très satisfaits de mon travail concernant ces deux groupes. Il m'ont donc demandé de bosser avec Metallica. Ce qui signifiait : aider les musiciens à résoudre les conflits amassés pendant des années, parce que ces conflits seraient de plus en plus une menace pour l'avenir du groupe.".
"Il est ce qu'on appelle un 'performance
coach'. [...] C'est Tom Morello (ex-RATM et
actuel guitariste d'Audioslave) qui nous
l'a recommandé. Auparavant, Phil avait
travaillé avec de grandes équipes
sportives afin qu'elles fonctionnent
mieux.Il a réussi à faire en sorte que
nous nous comprenions mieux"
- Lars Ulrich Pure coincidence ? La première rencontre de Phil avec le groupe a lieu le jour même où Jason annonce à James, Lars et Kirk son départ du groupe : "Jason m'a demandé de passer dans la pièce à côté car il voulait dire aux autres qu'il avait décidé de quitter le groupe. ce que j'ai fait. N'empêche, je pouvais d'où j'étais entendre tout ce qui se disait. Je respectais le choix de Jason : il voulait pouvoir ne parler qu'aux membres du groupe. Mais, d'un autre côté, j'avais été engagé pour intervenir dans de semblables situations... Après quelques minutes, j'ai pris mon courage à deux mains, je suis revenu dans la pièce et je leur ai dit : "Je sais que vous ne me connaissez pas, mais je suis ici pour aider le groupe. C'est pourquoi je pense sincèrement que je devrais rester dans cette pièce.". Après un certain temps, Lars a acquiescé. Ensuite, j'ai longuement discuté avec le groupe et avec Jason : je voulais com- prendre ce qui avait motivé sa décision et naturellement comment le groupe réagissait à son départ.".
C'est après cela que James, Lars et Kirk annoncent à Phil qu'ils souhaitent continuer de travailler avec lui.
Lars : "Le jour où Jason est entré dans cette chambre d'hôtel en janvier 2001 pour nous annoncer qu'il partait correspond précisément au départ de la nouvelle phase, à l'instant où le train a ralenti permettant à chacun d'en descendre en marche et de le regarder de l'extérieur un court instant pour comprendre ce qui se passait avec cette machine, ce truc appelé Metallica, et essayé de le sauver ou de le prémunir de l'implosion. Le jour où Jason est parti fût donc aussi le premier jour de raccommodage de ce train, d'une certaine façon..."
Metallica attribue donc à Phil la mention de "Performance Coach".
Sorti de cure, James est soigné et s'installe avec Lars, Kirk et Bob Rock au Metallica HQ début 2002, toujours accompagnés de leur coach : "Le retour de James avait quelque chose d'inquiétant car nous ignorions comment il allait être en sortant de la clinique. Mais quand le groupe a fait une table ronde avec tous les morceaux pour décider de la direction musicale du nouvel album, j'ai entrevu des indices. Comment les mecs allaient réagir aux divergences d'opinions ? Comment résoudraient-ils ce problème, allaient-ils passer le cap ? C'était le test et çà a duré un peu plus de cinq mois. Ils m'ont laissé entrevoir qu'ils étaient capables de résoudre leurs différends.".
Ainsi, durant tout l'enregistrement du nouvel album, chaque jour débute par un entretien au Metallica HQ. Chacun met sur la table les choses qui le préoccupe. Une vrai thérapie de groupe ... "C'est impressionnant de les entendre tous - y compris Bob Rock - communiquer d'une façon sincère et franche. L'un des résultats les plus importants de mon travail est le fait que les plaies entre James et Lars soient désormais refermées.".
Phil a ainsi mis un terme aux conflits qui opposaient Lars et James depuis des années : "Les membres du groupe doivent respecter leurs différences. J'ai appris à Lars à apprécier les points de vue de James. Naturellement, cela s'implique également à ce dernier. Il est très important que les mecs comprennent comment les autres fonctionnent. Si les avis sont partagés, ce n'est pas la fin du monde. Quand j'ai débarqué au HQ, chacun travaillait dans son coin. Le succès du groupe, le succès de ces stars, voilà tous les problèmes à l'intérieur de l'édifice Metallica.".
Lars : "Je sais maintenant que Metallica était auparavant déterminé par des énergies négatives. Par exemple, James et moi ne nous étions jamais dit à quel point nous comptions l'un pour l'autre. Bien au contraire, nous nous engueulions pour des broutilles. C'était la galère et cela suscitait involontairement des tensions additionnelles. Phil nous a permis de discuter de ces frustrations inutiles et nous avons pu voir et comprendre les points de vue de chacun - même s'ils étaient absolument opposés.
James et moi avons gaspillé trop d'énergie durant des années : à chaque fois, nous voulions avoir le dernier mot, à tel point que nous oubliions ce que l'autre avait à dire. En agissant de la sorte, il y a beaucoup de problèmes que nous ne résolvions pas et que nous repoussions aux calendes grecques. De temps à autres, il y avait des prises de gueules violentes. C'est pourquoi nous ne parlions pas du problème d'alcoolisme de James. Sincèrement, je ne pense pas que nous serions venus à bout de St. Anger avec la même sérénité sans Phil. Il nous a aidés et j'ai beaucoup appris de lui. Depuis, je me sens plus calme avec ma famille. C'est important : pas de problèmes familiaux, çà veut dire pas de problèmes à traîner au HQ."
Interview de Phil Towle en 2003 ...
Quelle mention figure sur votre carte de visite ?
"Performance Enhancement Coach". A la différence d'un psychothérapeute, j'essaie de renverser les courants négatifs dans une équipe afin qu'ils deviennent positifs. Dans le cas de Metallica, l'énergie libérée est nécessaire à la créativité. Si tu te sens bien en tant qu'individu au sein d'un groupe, c'est tout le groupe qui fonctionne mieux. Il serait faux de croire qu'il faille se sentir mal dans ce business pour être en mesure de se donner pleinement.
Vous avez également été psychothérapeute. Où est la différence ?
Un psychothérapeute remet les gens d'aplomb, il veut qu'ils se sentent mieux. Un "performance coach" tente d'utiliser les problèmes que peut avoir une personne comme une mèche créative.
Le terme "performance coach" fait penser au manager d'une équipe sportive qui crie d'une façon militaire : "Vous pouvez le faire ! Allons-y !" ...
Oui, çà existe souvent dans le secteur sportif : crier pour encourager, pour motiver les gens. J'appelle çà "outside in". Mais çà ne fonctionne plus, c'est dépassé. J'écoute les gens, je pose des questions aux clients, des questions qui les aident à regarder au fond de leur personnalité et à découvrir les choses de l'intérieur. Après çà, j'essaye d'indiquer à mes clients un chemin, une direction, de sorte qu'ils puissent aller jusqu'au bout d'eux-mêmes.
Vous étiez seulement là pour le groupe ou avez-vous également parlé à Skylar, la femme de Lars, et à Francesca, l'épouse de James ?
Oui, je me suis entretenu avec elles. Mon travail comprenait tout ce qui dérangeait le groupe. Vu que la place réservée aux familles prenait de plus en plus d'importance aux yeux de ces derniers, vous imaginez l'ampleur de ma tâche.
Vous allez accompagner Metallica sur la route ?
En tout cas au début oui. Une tournée peut déstabiliser l'univ- ers du groupe, même si les musiciens sont accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants.
Pensez-vous vous séparer définitivement de Metallica ou suivrez-vous le groupe à intervalles réguliers ?
J'en suis presque là. Ces deux dernières années, nous avons établi une relation intime... et j'ai du mal à dire adieu ! Ils ont traversé des phases difficiles mais elles appartiennent désormais au passé. Et puis, Bob Rock et moi avons notre vie à côté... Je me tiens à la disposition du groupe mais je ne crois pas que mon soutien lui soit encore nécessaire.
Mais ils ne vous appellent pas "papa", hein ?
Ha ha ha ! L'autre jour, nous avons eu une réunion avec tous les membres de la famille et Kirk m'a appelé "grand-père". J'ai 64 ans mais je ne me considère pas pour autant comme leur papy. Je suis content de voir que Metallica va mieux et que cela se ressent dans leur musique. Le groupe a donc de belles et fécondes années devant lui.
Commentaires datant du 27 mars 2003
Source : Rock Hard mai-juin 2003